Lavaux Nature Vivante

Présentation de Lavaux Nature Vivante au congrès CERVIM

Réalisée à la demande de la Fondation Bovard, l’étude Lavaux Nature Vivante a été dévoilée lors d’une conférence de presse le 5 mai 2026. La présentation s’est inscrite dans le cadre du 8e Congrès international sur la viticulture de montagne et en forte pente (CERVIM), organisé en 2026 à l’hôtel Majestic de Montreux.

Le responsable de l’étude, le biologiste Raymond Delarze, a détaillé les résultats de cette recherche consacrée aux valeurs naturelles (faune et flore) du vignoble de Lavaux. Menée en 2021-2022, puis 2025, l’investigation conclut que la biodiversité du vignoble n’est pas en régression, mais qu’elle reste fragile. Elle doit être mieux protégée par des actions concrètes de conservation, comme de créer davantage de biotopes-refuges ou d’aménager des corridors biologiques sous la forme de haies ou de bosquets de buissons.

La présentation de l’étude Lavaux Nature Vivante a suscité un fort intérêt de la presse. L’agence nationale Keystone-ATS lui a consacré une longue dépêche, abondamment reprise par les médias.

La voici:

Environnement

Vignoble de Lavaux : une biodiversité riche, mais fragile

La richesse de la biodiversité de Lavaux est confirmée et saluée par une étude, qui prouve qu’elle n’est pas en régression. Les recherches biologiques mettent toutefois en évidence la grande fragilité de la faune et de la flore du plus grand vignoble d’un seul tenant en Suisse. Celles-ci doivent être impérativement protégées.

„On est déçu en bien“, résume pour Keystone-ATS le biologiste Raymond Delarze, qui a réalisé l’étude avec son équipe du bureau d’études biologiques BEB à Aigle. C’est la fondation d’utilité publique Bovard, à Cully, qui a commandé cette étude indépendante, intitulée „Lavaux Nature Vivante“. Constituée en 2016, la fondation a pour vocation la sauvegarde et la mise en valeur de Lavaux.

Le travail d’observation, de prospection, de recensement et de compilation a été mené entre 2021 et 2022, puis complété en 2025. Au total, 21 secteurs de 15 hectares environ ont été prospectés. Dans chaque secteur, un parcours de référence de 1000 à 1100 mètres a été fixé. „Notre travail a couvert la moitié de toute la surface de Lavaux, soit un échantillonnage représentatif“, assure M. Delarze.

Espèces emblématiques

Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, le vignoble accueille un nombre important d’espèces floristiques et faunistiques, dont certaines sont protégées au niveau national. Le secteur compte 648 espèces de plantes à fleurs et de fougères, quinze d’oiseaux nicheurs, cinq de reptiles, 25 de sauterelles et criquets ainsi que 56 de mollusques.

Parmi les espèces emblématiques: le lézard vert, le torcol fourmilier et le bruant zizi pour la faune, le cétérach des officines, le mouron bleu, le muflier sauvage, le bugle jaune et le souci sauvage pour la flore. La diversité végétale tire parti de l’exposition parfaite, de l’influence bénéfique du lac et des microclimats abrités.

La richesse botanique du vignoble n’est cependant pas uniforme. Elle peut varier du simple au double, selon l’étude. Le secteur du Clos des Moines recense par exemple 132 espèces, alors qu’à St-Saphorin, on en dénombre 247.

Insatisfaisant à long terme

„D’un côté, les conclusions sont positives et encourageantes. La biodiversité est plutôt riche dans le périmètre de Lavaux. Elle n’est pas en régression. On n’a pas découvert de disparition d’espèces, mais des raréfactions“, explique M. Delarze. „La biodiversité se concentre hors des parchets de vignes cultivés“.

„Si la situation est donc tout sauf dramatique, d’un autre côté, elle n’est pas satisfaisante. Car le bémol, c’est que la population de certaines espèces est très faible et donc très fragile. Ce qui n’est pas idéal pour garantir le cycle de reproduction et la survie à très long terme“, poursuit le spécialiste.

L’étude montre en effet que la majorité des espèces rares et menacées dépendent des petits biotopes interstitiels disséminés au sein du vignoble: barres rocheuses, berges de petits cours d’eau, talus herbeux, buissons isolés, friches. Les vignes elles-mêmes sont, en général, pauvres voire très pauvres.

Autre constat : les différences observées entre secteurs suggèrent que les biotopes les plus distants des réservoirs de biodiversité situés hors du vignoble souffrent de leur isolement. Dans ces petits habitats refuges qui sont morcelés, la faune et la flore y sont appauvries.

Moment-clé

Si la biodiversité de Lavaux n’a donc pas connu de pertes faunistiques et floristiques massives à une époque récente, elle doit néanmoins absolument être protégée, en particulier par „des actions concrètes de conservation“ de la flore et de la faune. „Nous sommes à un moment important pour prendre les bonnes décisions pour le futur. La priorité est au renforcement et à la consolidation de la biodiversité“, relève M. Delarze.

„Afin d’assurer une viabilité à long terme de certaines espèces, il faut promouvoir la restauration de biotopes-refuges dans le vignoble. Ce qui serait souhaitable, c’est de leur consacrer environ 2% des parchets et surfaces arables, permettant ainsi la progression et l’extension d’espèces trop isolées“, affirme le biologiste.

L’étude „Lavaux Nature Vivante“ préconise aussi la création de relais ou corridors biologiques sous la forme de haies ou de bosquets de buissons. Autres exemples : l’aménagement d’hibernaculums (amas de pierres) pour les reptiles et la pose de nichoirs pour certains oiseaux.

Enfin, elle entend sensibiliser les vignerons à la richesse biologique de leurs vignes. Elle les encourage à faire état de leurs actions et de leur engagement auprès du grand public.

Keystone-ATS, 5.05.2026